"Alors viendra le moment de la décision, celui de la reconnaissance de l'ennemi... Ce sera le sursaut ou la mort. Voilà ce que je pense."
Julien Freund ; je vous renvoie vers la
dernière note de Didier Goux pour retrouver cette phrase dans son contexte.
J'ai dit dans mon premier post que j'étais bisexuelle. Je ne compte pas en discuter plus avant ; je le mentionne uniquement parce qu'il me paraît intéressant que malgré cela je sois devenue une réac. En fait, je suis convaincue que cela m'y a predisposée.
D'abord parce que, ne pouvant pas être accusée d'homophobie (quoique, certains en seraient capables), j'ai pu réfléchir librement à ce sujet: est-ce moral, est-ce naturel, est-ce génétique? Etc. Cela m'a permis de réaliser que les hétérosexuels n'avaient plus le droit à la même liberté de pensée sur ces sujets. Quand j'ai compris jusqu'où ça allait, le réveil a été brutal.
Plus important, cela a constitué un des premiers éléments de mon identité que j'étais clairement capable de nommer comme tel. Cela m'a permis de comprendre que notre identité se définit par rapport à un groupe, à partir d'un Nous et un Eux, et non de manière abstraite ; abstraite dans l'universalisme ("je suis citoyen du monde", "je suis juste humain"), ou abstraite dans l'individualisme ("je suis unique et je ne me définis par rapport à personne"). Cela m'a fait prendre conscience d'autres vérités de bon sens: un individu aime vivre avec des gens qui lui ressemblent.
Ensuite, cela m'a donné une certaine résistance aux insultes. Se faire traiter de déchet de l'humanité marque une fois, deux fois... dix fois: et puis plus rien. (A ce sujet, il serait très intéressant d'analyser comment les homos passent leur temps à se qualifier entre eux de pédés, un peu comme les noirs-américains se traitent de "nigger" mais ne l'acceptent pas dans la bouche d'un blanc.) Et quand un jour ce sont les qualificatifs de "raciste" ou de "facho" qui se mettent à pleuvoir, cela fait longtemps qu'on a appris à prendre ce genre d'insultes comme des compliments involontaires de la part du chimpanzé qui les assène.
Je voulais en arriver à cela: depuis pas mal d'années, j'ai des ennemis. Pas dans ma rue au quotidien
comme certaines, heureusement, mais du moins sur le plan idéologique, symbolique. Je ne fais pas allusion aux gens qui pensent que le mariage doit rester une affaire d'hétéros, non, ce sont de petits joueurs. Je parle de ceux qui ne me considèraient pas comme humaine. Je ne dis pas cela pour le pathos: c'est une chance que j'ai eu, une leçon de réalisme.
Car beaucoup de mes compatriotes pensent que l'on choisit ses ennemis. Que si on ne veut pas en avoir, on n'en aura pas. Que tout conflit sera résolu par, au choix: la raison, le progrès, la tolérance, le dialogue... L'idée que d'autres pourraient les considérer comme des sous-hommes, pourraient souhaiter leur disparition et voir le futur en termes de guerres et de conquêtes leur est purement inconcevable. Je soupçonne que leurs esprits s'arrêteraient net, paralysés, s'ils venaient à le soupçonner: car dans notre mentalité, le combat est impossible, l'individu doit l'éviter de toutes ses forces, le nier, le refuser, le fuir, jusqu'au suicide si nécessaire.
Je vous renvoie encore à Freund, magistral, cette fois par intermédiaire du
blog de Hank.Est-ce que j'exagère? Je ne crois pas. Je me souviens avoir réussi à convaincre un proche d'au moins examiner la possibilité qu'un autre peuple nous remplace sans que nous laissions de traces: il m'a répondu qu'il faut fuir. Et si on ne le peut pas ou qu'on ne le veut pas? Alors, disparaître. Au nom de "nos principes". (Certainement pas les miens, d'où les guillemets.) Oui, juste comme ça. Comme des moutons qui pensent que le tranchoir du boucher n'est là que pour décorer, et que de toute manière, protester, ce n'est pas très poli.
L'avantage d'avoir déjà eu des ennemis, c'est de savoir reconnaître et accepter une déclaration de guerre.
Une fois de plus je parle de l'Islam, car il nous adresse beaucoup de déclarations de guerre, et j'aimerais que mon entourage les prenne enfin au sérieux. Mais le fait que ce soit l'Islam est
accessoire. Ce n'est que l'opposant le plus visible pour le moment.
C'est vrai, un Islam conquérant s'est levé qui progresse comme un tsunami et qui ravale les pays musulmans qui avaient commencé à lui échapper. Mais cela n'explique pas pourquoi nous l'avons laissé faire en Europe: et tant que nous n'aurons pas répondu à cette question, si nous chassons cet ennemi, un autre le remplacera.
Quelque soit la population qui nous remplace, quelque soit la culture qui noie la nôtre, ce ne sera jamais que le symptôme le plus évident, et non la cause du mal. Ce que font les musulmans en ce moment, ce que d'autres pourraient faire à leur place, c'est tout simplement prendre avantage de la faiblesse dans laquelle nous a plongé notre propre idéologie. Les vautours qui vont se partager notre carcasse ne sont pas nos assassins: nous avons commis un suicide.